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Rôle de l'Etat
 

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Un rôle de l’Etat qui a connu une évolution progressive


 

►Un rôle de l’Etat qui a connu une évolution progressive

 Le développement rural a, de façon constante, été au cœur des préoccupations des responsables politiques du Niger. Les approches ont progressivement évolué depuis l’indépendance du pays. La SDR se situe dans la continuité de cette évolution, dans laquelle on peut distinguer quatre phases successives :
 
♦ Mise en place de politiques sectorielles (1960 – 1973)
Les orientations des politiques sectorielles ont été définies dans le premier plan 1961-63, les perspectives décennales 1965-73 et le plan quadriennal 1965-68. Les axes prioritaires étaient l’agriculture, l’élevage, les infrastructures et le développement de l’administration publique. L’accent a été particulièrement mis sur l’intensification des cultures pluviales et irriguées ainsi que l’accroissement des cultures d’exportation (arachide et coton) et de l’élevage. Un classement systématique des forêts naturelles a été opéré.
Le développement des productions agricoles était attendu d’une extension des surfaces grâce à la culture attelée et à un accroissement de l’utilisation des engrais. Mais la politique de distribution d’engrais a surtout concerné le coton et l’arachide, cultures d’exportation prioritaires pour l’acquisition des devises nécessaires au développement des autres secteurs économiques. C’est à cette époque que se sont mises en place les organisations de commercialisation (COPRONIGER en 1962 et SONARA en 1963), des unités agro-industrielles (huileries, etc.) mais aussi les premières structures coopératives en milieu rural.
Cette politique a notamment été mise en œuvre à travers les « opérations de développement » (1968-75) : les projets productivités régionaux[1] portant simultanément sur les cultures pluviales, le maraîchage, les aménagements fonciers, la CES/DRS et divers volets complémentaires (élevage, pistes rurales, alphabétisation, etc.).
Dans le domaine de l’élevage, il s’agissait de développer les productions animales exportables (bétail, viande, cuirs et peaux), de lutter contre les épizooties à travers les campagnes de vaccination gratuites et obligatoires et d’assurer un maillage de la zone pastorale en points d’eau modernes à travers un programme de modernisation de la zone pastorale. C’est ainsi que le laboratoire de l’élevage de Niamey, les stations avicoles de Niamey, Maradi et Zinder, le centre caprin de Maradi, le ranch d’Ekrafane, l’abattoir de Niamey, la SONERAN[2] et la SNCP[3] ont été crées.
 
Priorité à l’autosuffisance alimentaire (1974 – 1983)
Les effets de la sécheresse 68-73, qui a révélé la précarité des conditions du milieu et entraîné des pertes considérables en animaux, ont bouleversé les prévisions de développement et remis en cause les options choisies. Les nouvelles autorités issues du changement de régime de 1974 ont confirmé la priorité donnée au développement rural en mettant l’accent sur la « réduction du déficit alimentaire ».
Les objectifs de la politique de développement du pays issus du programme triennal 1976-78 et du plan quinquennal 1979-83 étaient les suivants : (i) la libéralisation de l’économie des facteurs naturels, (ii) l’instauration d’une société de développement et (iii) la recherche de l’indépendance économique.
Les projets de production constituaient l’axe principal de cette politique. A partir de 1980, plusieurs types de projets à l’échelle nationale ont permis de couvrir la totalité du territoire  : projet céréalier, projet de reconstitution du cheptel, projets forestiers, projets de productivité, projets de développement rural. Les efforts de ces projets étaient soutenus par une politique volontariste de subvention des intrants et de soutien aux prix agricoles à travers des structures publiques (OPVN, SONARA, UNC, OLANI, etc.).
Dans le domaine de l’agriculture, la politique s’est appuyée sur le développement des cultures sèches traditionnelles par l’intensification et l’extension des terres agricoles, combiné à celui des cultures irriguées, notamment du riz, pour sécuriser une partie de la production alimentaire (une grande partie des aménagements hydroagricoles sont construits à partir de 1974).
Dans le secteur de l’élevage, elle a visé la reconstitution du cheptel et l’amélioration de la productivité du troupeau. Pour cela, les centres de multiplication du bétail et les centres pastoraux, le périmètre laitiers de Dembou et la station de Kirkisoye ont été créés.
L’exploitation du potentiel halieutique a été encouragée. Au niveau des forêts, l’accent a été mis sur le reboisement (protection des sols et production des bois villageois).
Parallèlement, l’organisation et la responsabilisation des producteurs étaient un axe majeur d’intervention, afin de faciliter l’encadrement. Ce thème a justifié la tenue, en 1982, du séminaire de Zinder sur les « stratégies d’intervention en milieu rural » qui consacra, entre autres, (i) le désengagement de l’Etat, (ii) le transfert de la gestion aux coopératives et (iii) la suppression progressive des subventions aux intrants. Mais, jusque dans les années 80, l’intervention de l’Etat restera encore caractérisée par une très forte implication dans les processus de production et commercialisation.
De nombreux acquis ont été obtenus à cette période, dans le domaine de la recherche, de la vulgarisation, de la gestion des ressources naturelles et de l’investissement rural.
 
Libéralisation dans le cadre de l’ajustement structurel (1984 – 1991)
La sécheresse de 1984 est intervenue dans un contexte de dégradation de la situation économique du pays. Cette période a marqué le passage aux programmes d’ajustement structurels. Le Programme intérimaire de consolidation fut élaboré en 1984, suivi par le Plan de développement économique et social 1987-91.
L’intervention publique dans le secteur rural a évolué, du fait de la réduction des marges de manœuvre de l’Etat en matière de financement des secteurs productifs  : libéralisation du commerce et des prix des produits agricoles et des intrants, réduction progressive des subventions au secteur, définition d’une nouvelle politique de crédit, réorganisation de la recherche agronomique, encouragement à l’exportation et aux initiatives privées, privatisation, restructuration ou liquidation de certaines entreprises publiques.
Tout en maintenant l’objectif d’autosuffisance alimentaire, la priorité a été accordée aux investissements agricoles productifs destinés à la relance des cultures de rente (arachide, coton, niébé).
Dans le domaine de l’élevage, les objectifs visaient à réhabiliter la zone pastorale  : accroître la productivité, assurer la complémentarité réelle entre l’agriculture et l’élevage et préserver le pouvoir d’achat des éleveurs et le potentiel reproducteur de leur troupeau.
En ce qui concerne la forêt, la faune, pêche et pisciculture, les orientations suivantes ont été retenues  : restauration et la préservation de l’équilibre écologique  ; satisfaction des besoins de la population en bois (énergie et matière première) et en produits de cueillette  ; protection et aménagement de la faune (orientations du séminaire sur l’aménagement de la faune, Tapoa 1985)  ; préservation et exploitation rationnelle du potentiel halieutique  ; développement et valorisation de la pisciculture.
Une série de réflexions a eu lieu pendant cette période pour relancer l’économie du secteur. En particulier, le débat national sur la désertification de Maradi (1984) a abouti à la définition des « Engagements de Maradi » pour la protection, la restauration et l’amélioration de l’environnement, l’établissement d’un cadre juridique de gestion des ressources naturelles, la création d’un service national de lutte contre la désertification.
Dans le domaine de l’élevage, le débat national de Tahoua (1985) a insisté sur la responsabilisation des éleveurs, l’intensification des productions animales, la prise en charge par les éleveurs des frais de santé de leurs animaux.
Cette période a été marquée par une forte instabilité socio-politique et la détérioration de la situation économique qui n’ont pas permis la mise en exécution des programmes prévus par le PDES de 1987.
 
Vers un rôle accru des acteurs privés (depuis 1991)
En 1991, la conférence nationale a ouvert la voie à la mise en place de la démocratie. C’est dans ce contexte qu’ont été élaborés les Principes directeurs pour une politique de développement rural pour le Niger, adopté en 1992. Ce document, dont les orientations ont été confirmées par le Programme de Relance Economique (PRE – 1997), a fait la synthèse des principales recommandations des débats nationaux et des orientations de l’Etat en matière de développement rural. Il prônait une approche intégrée et cohérente, tout en mettant l’accent sur la redéfinition des rôles des différents acteurs. La prise de conscience des évolutions environnementales défavorables a conduit à donner à la gestion des ressources naturelles une place prioritaire.
Cinq axes stratégiques ont été définis : la gestion des ressources naturelles ; l’organisation du monde rural, la responsabilisation des populations et la modification du rôle de l’Etat ; la sécurité alimentaire ; l’intensification et la diversification des productions ; le financement du monde rural, du fait de son importance pour l’ensemble du secteur a fait l’objet d’un développement spécifique.
Cependant, depuis l’adoption de ce document, les rôles des acteurs n’ont pas connu d’évolutions notables : le secteur privé n’a pas toujours été en mesure de jouer son rôle dans les filières, les organisations de producteurs restent assez faibles. L’instabilité politique que le pays a connue dans les années 1990 a constitué un frein aux réformes engagées par l’Etat.

La normalisation de la situation politique en 2000 est l’occasion de refonder les politiques publiques, en mettant l’accent sur la lutte contre la pauvreté, à travers l’élaboration de la Stratégie de réduction de la pauvreté. En milieu rural, cette pauvreté est particulièrement prégnante et doit être prise en compte dans les orientations de la SDR, qui doit opérationnaliser la SRP dans ce secteur.

 


[1] Projet Maradi (1970-73), projet Badeguichiri (1972), 3M – Mirriah, Matameye, Magaria (1973) et Dosso (1974).
[2] Société nigérienne d’exploitation des ressources animales
[3] Société nationale des cuirs et peaux

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